jeudi 7 janvier 2010

Formation des enseignants (?)

Dans mon billet C'est toujours mieux chez les autres, je discutais la mauvaise performance du système éducatif américain en sciences et mathématiques. Était critiquée, notamment, le plan No Child Left Behind qui mesurait sa réussite à celle des étudiants à des tests concoctés exprès, un peu comme les évaluations auxquelles sont soumis les écoliers français. En termes d'éducation, c'est évidemment un échec.

Mercredi (voir l'article sur un blog du NYT, ou la dépèche AFP sur le site de Libération), Obama a récompensé à la Maison blanche une centaine d'enseignants de mathématiques et en a profité pour annoncer un plan de sauvetage de la science américaine.

“Make no mistake: Our future is on the line,” Mr. Obama said. “The nation that out-educates us today is going to out-compete us tomorrow.

Le plan Educate to Innovate considère que la formation des enseignants est déterminante pour la réussite des étudiants et consiste en un investissement de 250 millions de dollars (par des partenariats public-privés, nobody's perfect !) à compléter la formation de 100 000 actuels enseignants en maths et sciences et à en recruter 10 000 de plus pendant 5 ans.

Par une sublime ironie du sort, le même jour, le Journal officiel de la République française publie les nouvelles modalités des concours de recrutement d'enseignants (Capes, Agrégation). Dans chacun des concours, une des épreuves « disciplinaires » est amputée d'un quart (en mathématiques, c'est l'oral d'algèbre et géométrie  en allemand, c'est le thème oral) pour être remplacée par une, accrochez-vous,

interrogation portant sur la compétence « Agir en fonctionnaire de l'Etat et de façon éthique et responsable » (présentation : dix minutes ; entretien avec le jury : dix minutes).

Un autre jour, je vous décrirai la tête d'un professeur de Princeton lorsque je lui ai raconté la politique française des PRES (pôles de recherche et d'enseignement supérieur) visant à construire d'énormes universités...

6 commentaires:

  1. Le Journal officiel aurait dû ajouter tout-de-suite une épreuve de chant patriotique, au programme: toutes les strophes de la Marseillaise
    Papa/Robert

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  2. Il faut préciser une chose, Antoine : il n'y a pas amputation, mais augmentation ! Il y a toujours 1h d'interrogation en Algèbre-géométrie : relis le texte.

    Or, comme on faisait en fait 55 minutes et non 60mn, ça veut dire qu'on fera 1h15 et non 1h20 (pour délibérer en 5mn). On pourra donc faire 1h de maths et 15mn d'administration.

    Ca, c'est le premier point, important me semble-t-il.

    Le second est que cette épreuve est débile, mais elle pourrait ne pas l'être. Au départ ça devait être une épreuve de connaissance du système : programmes, enjeux, fonctionnement des établissements etc.
    Ca en a faire rire plus d'un.
    Moi je suis pour. Je trouve proprement scandaleux que l'on recrute des gens qui ne savent même pas où ils vont ni comment ça marche.

    Les agrégés de maths sont archétypaux de ce point de vue là. Et ils reproduisent en cela la vision universitaire. Le recrutement en maths à la fac est bien un des rares endroits où on ne parle que de maths.
    Qui êtes vous ? On s'en fout !
    Qu'est-ce que vous voulez faire ? On s'en fout !
    Qu'est-ce qu'enseigner pour vous ? On s'en fout !
    Votre projet professionnel ? On s'en fout !
    Savez-vous ce qu'est une fac ? On s'en fout !
    Comment elle marche ? On s'en fout !

    Et après on s'étonne de recruter des autistes ? on s'étonne que certains soient incapables d'enseigner ? on s'étonne que certains soient des chercheurs médiocres ? on s'étonne que certains soient malheureux dans leur vie professionnelle ?

    Quand Patrick Foulon a parlé de cette éventualité, je suis le seul à avoir levé la main pour accepter de faire partie d'un tel jury. Oui, moi, contrairement à 95% des membres du jury, je sais ce qu'est un collège, un lycée, un CA d'établissement du secondaire, une DHG, une part de bourse, un rapport P/E etc. Je connais aussi le programme de maths de la 6ème à la terminale et classes supérieures, ceux en vigueur et ceux plus anciens. Et pas seulement ceux d'il y a 40 ans. Mieux : je sais que ceux d'il y a 40 ans ne sont pas d'actualité ... !

    Oui, moi je veux savoir comment on enseigne les triangles à l'heure où la seconde les efface et y met des stats. Oui, moi je veux savoir ce qu'est le projet pédagogique de l'impétrant. Et comment il se projette. Et comment il travaillera avec ses collègues de maths, et ses collègues de sciences, et ses collègues de toutes les autres disciplines, et ce qu'il croit être la fonction d'un proviseur, d'un COP ou d'un CA *par rapport* à ses projets pédagogiques et disciplinaires.

    Oui, mais voilà, qui se sent compétent pour questionner sur ce sujet ? Personne à l'agrég. Ce qui veut dire qu'aucun des membres du jury ne s'est jamais posé ces questions. Horreur ! Oui, ils s'en foutent tous. Et pourtant on peut avoir autant d'intérêt pour les subtilités du théorème de Montel que pour la transmission du savoir. Ca a un prix : s'intéresser à ces questions et ne pas les mépriser.

    Ca a aussi un autre prix : être considéré comme un chien par le reste de ses collègues.

    Alors, tant pis. Moi je reste sur cette position. Bien entendu l'épreuve mise en place n'a rien à voir avec mon rêve. Bien entendu elle est absurde en son essence et, pis encore, elle sera mise en place de façon encore plus absurde. Et donc je n'y participerai au mieux qu'avec grande circonspection, si je ne me démets pas avant.

    (fin de la partie I)

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  3. (partie II)

    Mais, très cher Antoine, très cher ami, ce qui est le plus risible et le plus triste, c'est le désintérêt et le mépris de la classe universitaire et de l'ensemble du jury d'agrég (de maths) pour les questions que j'ai soulevées.

    Oui, je sais, dussé-je la passer, je serais très certainement recalé à l'épreuve "Agir en fonctionnaire de l'état". Le suis-je d'ailleurs encore pour longtemps ? Who knows ?

    Ce que je peux dire c'est que les questions que je viens de soulever sont les premières questions que l'on pose à un candidat au CAFEP (il n'y a pas d'équivalent de l'agrég) et lors d'un entretien d'embauche dans un établissement scolaire privé. Dans ma courte vie, c'est le seul endroit où on m'a posé ce genre de questions.

    Tu sais combien je suis un mécréant (et j'espère ton pardon). Et tu sais aussi combien le constat que je viens de citer m'a abattu. Car il faut le reconnaitre : l'âme a depuis longtemps quitté les corps de l'éducation publique, primaire, secondaire ou supérieure. L'âme s'est envolée, il ne reste que l'administration et ses scléroses.
    Le pire est que les administrés ne s'en sont pas rendu compte. Ils ne songent qu'à se heurter à l'administration, mais ils sont comme des personnages de Tex Avery pédalant dans le vide au-dessus d'un gouffre. Ils ont une plaie béante au niveau du coeur.

    Alors moi je suis pour cette épreuve. On peut essayer d'en faire quelque chose. Ce sera mieux que faire comme les siècles passés. De retour dans l'éducation nationale, j'ai pu constater combien elle n'avait en rien évolué en plus de 25 ans. Alors je suis prêt à prendre des paris, juste pour essayer de faire évoluer les choses.

    Evidemment le risque est grand. Qu'elle devienne comme l'épreuve de modélisation : un truc sans âme, sans intérêt, verrouillé par quelques individus psycho-rigides sans ambition (humaine, j'entends, parce que de l'ambition professionnelle, ils en ont à revendre !). D'une épreuve d'ouverture, l'épreuve de modélisation est devenue une épreuve clanique, refermée sur les communautés, miroir de guerres intestines pathétiques.

    La communauté mathématique est pathétique.

    Et je n'en fais pas partie. Il ne me reste que quelques amis en son sein. Et tu en fais partie.

    Bises amères,

    François.

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  4. OK, j'avais raté le premier point (l'allongement de la durée de l'épreuve). Je n'ergoterai pas sur le fait que le poids (en points) de l'épreuve diminue par rapport à sa voisine.

    Par contre, tu ne me convaincras pas que le but de cette nouvelle épreuve a un quelconque rapport avec ce que tu veux y voir. Ni qu'il est réaliste d'interroger en même temps sur le théorème de Montel et sur les éventuels projets pédagogiques d'un candidat-enseignant.

    Et sur le fait qu'on recrute des autistes, des odieux ou des frustrés, même si ça arrive, j'aimerais bien, avant de sonner l'hallali
    de l'agrégation, voir les résultats d'un enquête psychologique sérieuse, comparée au reste du monde du travail, en France et dans des pays comparables. Il faudrait aussi faire la part des 40 années de vie professionelle ultérieure
    et de la gestion centralisée (déshumanisée).

    Un concours n'est pas un entretien d'embauche à un poste déterminé dans un établissement déterminé ; c'est peut-être, d'ailleurs, une des limites de la « méthode française ».

    Et je persiste à ressentir plus d'amertume à voir le système cassé un peu plus par le gouvernement pour de simples motifs de communication (cf. Guy Môquet) qu'en en vivant les défauts au jour le jour, cette année restant pour le moins particulière.

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  5. Coucou.

    Je me suis sans doute mal exprimé. Evidemment que ce qu'on propose c'est de la boue et que c'est uniquement pour casser un peu plus.
    Evidemment.

    So ? Tu peux prétendre un jour être président du jury de l'agrég. Moi pas. Alors si je veux faire quelque chose, il me faut utiliser les armes des salauds. Et je dis que je peux essayer de faire une interrogation sur diverses questions pas si idiotes que ça.
    Et si un jour tu es président du jury, alors tu auras des moyens que je n'ai pas, et n'aurai jamais.

    Je ne dis pas non plus qu'on interroge en même temps sur deux thématiques différentes. C'est l'une après l'autre. Et le mieux serait d'avoir des jurys mixtes de professionnels et hauts fonctionnaires (disons au moins des inspecteurs, IPR ou IGEN, IGAEN ... IGAENR ?!). OK.

    Ce que je dénonce c'est que si peu de monde ait la moindre compétence en ce regard au sein du jury. Pis : que si peu de monde ait un quelconque intérêt pour l'école, la vraie (pas celle qu'imagine LL). Le jury est là pour les maths et le fric, pas pour l'école.

    Quant au recrutement, j'avais glissé (névrose oblige) sur celui des universitaires. Les agrégés ont moins de tares. Je te le concède.

    Le fait est qu'il n'y ait strictement aucune épreuve pédagogique à l'agrégation, aucune épreuve liée à l'enseignement. C'est un peu consternant, non ?

    On devient donc agrégé sans savoir ce qu'est l'école, ni l'enseignement. Comme le terreau est fragile, on est aussi certain que bon nombre n'ont pas une compétence disciplinaire exceptionnelle, ni adaptative. Peuvent-ils jouer un rôle quelconque de formation, de moteur etc. pour lequel ils sont payés ? J'en doute.

    L'agrég a l'énorme avantage de revaloriser le salaire des enseignants. Et c'est bien.

    Amitiés,

    François.

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  6. Moi qui suis agrégé et universitaire, j'aimerais savoir si les tares s'additionnent (comme des résistances en série), ou si ce sont leurs inverses qui s'additionnent (comme des résistances en parallèle)? Just kiddin'...

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