mercredi 6 janvier 2010

Petits paradoxes du système de santé local

Alors que la polémique française résonne jusqu'à nos oreilles (OK, on avoue, Laure écoute France Inter via Internet), pour savoir s'il était raisonnable de mobiliser 10% de la capacité de production mondiale pour 1% de sa population, et qu'apparemment seul 0,1% de la population mondiale a utilisé ces vaccins, les autres n'ayant semble-t-il pas reçu leur convocation, avouerons-nous avoir été vaccinés avant Noël ?

Mieux. Nous l'avons été gratuitement, dans des public clinics qui se sont tenues régulièrement depuis mi-octobre : il suffit de se pointer, de signer un formulaire de consentement, et c'est parti. A priori, seuls les enfants étaient concernés mais à la dernière, ils avaient assez de doses donc nous y sommes passés aussi. Ils ne demandaient même pas de carte d'identité (parce que ça n'existe pas !).

Encore mieux. nous avons eu le choix entre trois modes d'administration : la piquouze standard, une espèce de piquouze, mais sans aiguille, et un spray dans le nez. Éléonore a adoré ça, après que je lui ai confirmé qu'il ne s'agissait pas d'une piqûre dans le nez (aïe !).

Toujours mieux. Ici, une seule dose, sauf pour les enfants de moins de 10 ans. Les sites d'information de l'état du New Jersey disaient même que c'était la bonne nouvelle du vaccin, à savoir qu'une seule dose suffise. C'était marrant, lors de mon passage en France,

Là où c'est moins bien. On apprend l'existence de ces cliniques l'avant-veille, par hasard. Laure s'était vue raccroché au nez lorsqu'elle avait téléphoné à des cabinets de médecins (« Only for our customers. »). Il est donc vital d'appartenir à différents réseaux : l'école, la YMCA, l'IAS, etc., et il est tout aussi vital d'avoir une connection Internet efficace. Pour la première vaccination d'Éléonore et Madeleine, je l'ai appris par l'infirmière de l'école d'Éléonore, la veille, alors que j'étais en France mi novembre.

De même, nous savions qu'Éléonore et Madeleine auraient besoin d'un deuxième vaccin, entre 22 et 30 jours après le premier. Mais impossible de savoir quand se tiendrait une seconde clinic. Là encore, l'info est arrivée par hasard, deux jours avant, et ça faisait pile 22 jours, ouf !

Là où c'est vraiment moins bien. Lors de la seconde clinique, je suis tombé en arrêt devant un vieux monsieur (85 ans) qu'il me semblait connaître mais qui n'avait a priori aucune raison d'être là. « Aren't you Professor Tate ? » Bien sûr, c'était lui. (Pour ceux qui ne savent pas qui c'est, lire John Tate sur Wikipedia, voire l'excellente notice que j'avais rédigée en 2003 pour la Gazette des mathématiciens lorsqu'il avait obtenu le Prix Wolf ; c'est un très grand mathématicien qui a marqué de son empreinte des pans entiers de la géométrie arithmétique du 20e siècle.)

La question était donc : quelle raison peut-bien amener un professeur à l'université d'Austin, au Texas, anciennement professeur à Harvard, Massachusets, dans une public clinic à Princeton ? La réponse est surprenante : il n'y a pas de vaccins dans le Massachusets (où il habite de nouveau, depuis qu'il a pris sa retraite cet été) et son docteur lui a recommandé d'aller se faire vacciner malgré tout. Il est donc allé dans l'état pas trop éloigné et suffisamment bien organisé qu'est le New Jersey.

Finalement, je crois que je préfère le bordel français.

3 commentaires:

  1. Super l'article dans la gazette (ça m'apprendra à ne pas la lire), l'hyperlien par contre est buggué.

    Quand je pense à Tate (et Serre), je repense toujours à ce jour où Serre m'a présenté à Tate comme l'ingénieur système de l'ENS. Alors que justement je travaillais sur des choses que Serre pensait liées à Sato-Tate, mais qui ne l'était pas.

    A part ça nous ne sommes pas vaccinés, et fiers de ne pas l'être. Comme toi, quand j'étais à Princeton, je me disais que le bordel français avait du bon : celui de m'être compréhensible. Mais au jour d'hui, je t'envie de ne pas être en France.

    Amicalement,

    François.

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  2. J'ai corrigé l'hyperlien.

    Sinon, si nous nous sommes faits vaccinés, c'est essentiellement parce que nous préférions ne pas tomber malades de ce côté de l'Atlantique. Question de confiance en le système de santé local.

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  3. Hello.

    Je ne vous faisais aucun reproche. Moi aussi j'étais inquiet quant à ma santé lors de mon séjour à Princeton. Je suis même retourné me faire opérer à Paris ...

    Je nous disais fiers, mais c'est un peu exagéré. A l'heure de la bling-bling-mania, il faut de plus en plus exagérer ses sentiments. Et je reconnais que c'est indécent.

    Désolé.

    Amitiés,

    François.

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