Commençons par la bonne nouvelle : nous avons obtenu notre permis de conduire. Dit comme cela, ça a l'air tout bête. Mais vous croyez peut-être que nous sommes dans un de ces états laxistes où l'on échange « gratuitement » votre permis européen contre un permis local ? Que nenni ; il faut le mériter (try hard, work hard...).
1er niveau de difficulté : prouver son identité ; eh, oui parce qu'en l'absence de carte d'identité, qu'est-ce-qui leur prouve que vous êtes bien vous même ? Donc, système ultra moderne et efficace des « 6 points d'identification », nécessaires pour avoir le droit de passer son permis. Pour des pauvres étrangers comme nous, il y a la solution facile (du bon étranger qui travaille et justifie sa présence ici) : 4 points pour le visa (seulement ! si on considère les kilos de paperasse remplis pour obtenir un visa et le temps passé à l'ambassade à Paris...); 1 point pour le numéro de sécurité sociale, 1 point pour le compte bancaire américain... là on rigole, parce qu'en matière de vérification, une banque se focalise plutôt sur les sommes que vous déposez chez elle qu'à autre chose, mais bon, on va pas être plus républicain que GWB...
2e niveau de difficulté : pour l'étranger difficilement identifiable qui ne travaille pas, n'a pas d'assurance américaine, ni aucun diplôme ici... Comment faire pour obtenir le 6e point ? Jusqu'à il y a peu, le certificat de non attribution du numéro de sécurité sociale valait 1 point, mais c'était trop facile ça ne vaut plus (sauf que même si cela ne compte pas, il est nécessaire de produire cette « non-attestation »). Je vous la fais brève : un document étranger officiel peut être pris en compte... à la condition d'avoir fait l'objet d'une traduction par un organisme agréé par l'administration des permis de conduire (la preuve que c'est du sérieux, c'est que ledit document est revêtu d'un beau sceau brillant tout doré), et que l'étranger ait raqué pour ce faire la modique somme de 75 dollars... (Le même document certifié par l'Institut, lui, ne vaut pas; faudra leur suggérer d'imprimer dessus un truc tout doré, pour voir ?)
Avec tout cela, vous avez enfin le droit de passer votre code; pour certaines choses, il est indubitablement nécessaire de connaître les pratiques locales.
Devinettes : — Pourquoi est-ce que les automobilistes se regardent en chien de faïence à un carrefour à 4 stops ? pour bien se rappeler l'ordre d'arrivée au carrefour... et repartir dans ce même ordre ! facile à prouver en cas d'accident...
— Et pour un rond point, comment fait-on ? priorité à ceux qui tournent, priorité à droite ? Ah, non, une seule règle rationnellement établie, cela ne serait pas drôle. La règle, c'est qu'il n'y en a pas et que donc le bon automobiliste observe avec attention la coutume du lieu pour déterminer quand il peut y aller ou pas. Avec de telles règles, et des boîtes de vitesses automatiques, on comprend le mode de conduite très mou des autochtones, qui ferait exploser tout rennais au bout de 10 minutes et tout parisien au bout de 10 secondes.
— Une petite dernière pour finir ? Quel est le véhicule qui doit le plus mettre en alerte un conducteur ? Un camion de pompiers, une voiture de police ? non, trop classique, cherchez mieux... Un bus d'école jaune (cf. l'un des sujets précédents) ? Vous chauffez, mais vous n'y êtes pas encore. Vous donnez votre langue au chat ? Gros gourmand, vous avez raison ! Le véhicule qui demande le plus de précautions... c'est la camionnette du glacier !
Au-delà de ces points de conduite, une bonne partie du test, auquel il vous faut obtenir au minimum 40/50, est constituée par des questions sur les diverses amendes qui guettent le conducteur (exemple : 50 dollars si vous vous faites arrêter de nuit et que vous n'allumez pas le plafonnier intérieur pour éclairer l'habitacle... va falloir investir dans une nouvelle ampoule pour la poubelle à 4 roues ! — cf. un autre message précédent).
Et voilà ! Au bout de tout cela et de quelques heures de queue au cours desquelles vous aurez attesté pas moins de 4 fois de votre identité, vous pensez qu'un beau document vous est attribué ? Voir, si vous aimez les cartes plastiques du style carte de fidélité de supermarché... Bon, d'accord, il y a votre photo couleur dessus, et pour vous récompenser, vous avez même le droit de la recommencer si la 1re ne vous plait pas... c'est-y pas gentil ?
mercredi 14 octobre 2009
Yes, we can... ou la saga du permis de conduire
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