C'est l'un des plus beaux trios de jazz du moment, et cela fait 25 ans que le moment dure avec un bonheur jamais démenti. Leur musique, composée essentiellement de standard, est très mélodique mais l'accompagnement (basse, batterie) est totalement ouvert (Jack DeJohnette y est pour beaucoup). Je les avais écouté, et réécouté, en disque, mais c'est la première fois que je pouvais les voir en vrai. Laure et moi sommes partis à New York hier soir (pauvre Camille, qui gardait les enfants, et à qui Madeleine a fait une scène d'enfer !).
À l'arrivée des trois musiciens, la salle (Carnegie Hall) était électrisée. La première partie était très belle (My Funny Valentine jouée comme je ne l'avais jamais entendue ailleurs, Oleo pour terminer) mais j'ai mis un peu de temps à m'habituer à ne pas regarder Keith Jarrett. Il faut dire que le pianiste passe son temps à bouger, se tordre, regarder derrière lui, gémir, se lever — sans arrêter pour autant de jouer sa sublime musique. À l'inverse, Gary Peacock à la basse et surtout Jack DeJohnette à la batterie manifestaient une sérénité et une décontraction incroyables. Il y avait peut-être aussi un souci de sonorisation, car le son était un peu métallique.
La seconde partie a démarré sublimement avec Someday my Prince will come, suivi d'Autumn Leaves. Au dernier morceau, toute la salle était debout et applaudissait à tout rompre. Il fallait bien ça pour arracher trois bis (dont I Loves You Porgy) qui ont prolongé un peu plus une soirée jazz de rare bonheur.
PS. À l'origine, les standard sont les thèmes de la comédie musicale américaine que reprenaient les musiciens de jazz. Par exemple, I Loves you Porgy ou Summertime (Porgy and Bess, de Gershwin et Heyward) ou encore My Favorite Things (The Sound of Music, de Rogers et Hammerstein — le film avec Julie Andrews vous est peut-être plus familier). Par extension, on appelle aujourd'hui standard l'ensemble de ces thèmes qui font partie du répertoire de la musique de jazz. Someday My Prince will come est bien sûr tiré de Blanche-Neige (Walt Disney), Autumn Leaves est de Prévert et Kosma, Oleo est un morceau de Sonny Rollins...
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Le NYTimes commente le concert. Ils sont un peu durs avec la première partie mais nous ne sommes pas les seuls à avoir remarqué que la seconde partie la surpassait largement.
RépondreSupprimerhttp://www.nytimes.com/2010/06/21/arts/music/21jarrett.html