mardi 4 mai 2010

Week-end de premier mai à New York

Mes parents ayant gentiment proposé de jouer les baby-sitters tout le week-end, Laure et moi sommes partis pour New York. Nous étions logés dans le même appartement que la fois précédente... si ce n'est qu'il y a eu une petite confusion de clef et que nous nous sommes pointés avec la clef... de la boîte aux lettres. Le gardien a été sympa et nous a prêté le double, non sans inquiétude, et a passé le mot à ses successeurs qui ne nous ont pas laissé dormir sur le paillasson.

Le programme du vendredi soir était un concert au Birdland, avec un très beau trio de jazz : Steve Kuhn, Ron Carter, Joey Baron. On n'était pas très bien placés, un peu trop sur le côté gauche ; Laure avait même une vue imprenable sur le pilier. Ce fut un très beau moment de musique. (Divine Little Waltz, de et par un Ron Carter hiératique ; Joey Baron semblait tout simplement heureux de jouer ; Steve Kuhn est un pianiste que je connaissais peu avant d'avoir acheté son dernier disque au mois de septembre.)














Le lendemain, nous avons commencé la journée par une visite du nord-est de Central Park. Un peu plus bas que la Harlem Meer, les paysagistes ont construit le Conservatory Garden, trois jardins européens, à la française, à l'italienne et à l'anglaise. De très mignonnes fontaines. Après un saut de puce en bus — accrochez-vous à la rambarde — nous sommes allés à la Neue Galerie. C'est un tout petit musée situé à deux pas du Metropolitan, dans un hôtel particulier. La galerie permanente montre quelques Klimt, dont le magnifique portrait d'Adele Bloch-Bauer. L'exposition consacrée à Otto Dix occupait trois salles. La première montrait l'ensemble d'un livre de gravures (Der Krieg — La guerre) qu'Otto Dix a réalisées après la première guerre mondiale, les deux autres contenaient essentiellement des portraits, assez grinçants et pas très charitables.

Repas dans le style viennois au Café Fledermaus, au sous-sol du musée, avec Mathilde qui a profité de ce qu'elle passait la journée à New York pour nous apporter la clef-sésame ouvre-toi.

Après-midi à Brooklyn, au musée des Beaux-Arts (vraiment bien, surtout la galerie égyptienne, très pédagogique, et sauf la galerie de peinture européenne, impossible à apprécier car sous verre). Vers 5h, le musée s'est animé: boisson, musique, etc. et cela devait continuer jusque minuit avec une soirée salsa dans la galerie de peinture européenne.

Notre soirée se poursuivait à Brooklyn pour un concert dont je ne savais pas grand chose, à part qu'on y entendrait Azar Lawrence et Fred Wesley.
Fred Wesley est un tromboniste de funk très connu, il a joué notamment avec Maceo Parker (le saxophoniste de Jaaaaaaaames Brown). Azar Lawrence est un saxophoniste que je ne connaissais pas avant que François L. ne m'apporte son dernier disque, Prayers for my Ancestors, sur lequel on croirait entendre John Coltrane ressuscité. (Il faut dire qu'Azar a eu une longue interruption de carrière, de 1976 à 2008 en gros.) Le reste de la troupe était Brian Jackson (claviériste très réputé mais peu inspiré ce soir-là), Lenny White et Mike Clarke (deux batteries !), Richie Goods (basse, excellent), et Neil Clarke (percussions ; je l'avais entendu accompagner Randy Weston en mars). C'était un concert en hommage à Max Roach, probablement mon batteur préféré, et Neil Clarke a commencé par une invocation (dans une langue africaine) aux mânes du musicien et l'a poursuivie en musique. Même s'il s'affichait « From Be Bop to Hip Hop », le concert était très funk — à l'exception d'un beau Nommo (qu'on peut entendre par Max, sur son superbe disque Jazz in 3/4 Time).

Retour à Manhattan (malgré les travaux du métro) et repas plutôt bon (canard à la rhubarbe et aux têtes de violon — des pousses de fougère) au Savoy, un restaurant de Little Italy à ne pas confondre avec la salle de bal de Harlem du Stompin' at the Savoy de Benny Goodman.

Le lendemain, nous avons passé le gros de la journée au Metropolitan:
  • magnifiques Pleurants (petites statuettes d'albâtre qui ornent le tombeau de Jean Sans Peur, et qui font le tour du monde pendant que le musée de Dijon est rénové ; leur présentation, en procession, les rendait très émouvantes) ;
  • superbes Belles Heures du duc de Berry, livre d'heures du Moyen-Âge aux enluminures incroyables. Environ 200 pages sur 448 étaient exposées ici, le manuscrit étant d'habitude inaccessible au public ;
  • un peu de peinture classique, notamment flamande (très belle Moisson de Bruegel) pour préparer la transition avec la...
  • fascinante exposition Picasso : peut-être pour concurrencer les autres expositions sur l'artiste espagnol, le musée avait tout sorti, environ 250 œuvres ! (croustillants dessins sur la fin...)
  • et parce qu'on en voulait encore, un petit tour par les sculptures de Rodin, Degas et la peinture impressioniste.
Après tout cela, nous sommes allés voir le Flat Iron — un immeuble au nez en proue de bateau — puis nous sommes promenés sur la Highline, promenade plantée sur les restes d'une voie ferrée désaffectée qui desservait les abattoirs de ce quartier du sud ouest de Manhattan. La promenade court sur une dizaine de blocs, de la 20e rue à Gansevoort St. et domine le sud de Chelsea. Les immeubles délabrés commencent à être rénovés ou reconstruits et le quartier devrait devenir rapidement très branché. L'année prochaine, un second tronçon, ouvrira de la 20e à la 30e rue. Comme l'appareil photo n'avait plus de batterie (et que je n'ai pas osé rappeler Mathilde pour lui demander si, au cas où elle passait à New York, elle pourrait m'apporter le chargeur de l'appareil), il n'y a pas de photo... Mais comme on devrait y revenir avec les enfants, il vous suffit d'être patients !

Fin de soirée : agréable dîner italien en terrasse, sur Gansevoort St. (Macelleria — la salade de roquette avec poires et Pecorino aurait été sublime si les américains savaient dénicher des poires mûres; le tiramisu et les biscotti étaient vraiment bons), retour à l'appartement puis attrapper in extremis le train pour Princeton après une redescente presque infernale en taxi de la 119e à la 34e rue.

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